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L'internaute 2.0 est-il un animal social ?

Répondez à cet article.

Jérôme Delacroix est intervenu sur ce thème à sparklingPoint le premier mars. XMLfr a suivi pour vous cet exposé qui approfondi le volet social du Web 2.0 esquissé dans mon article « Web 2.0, mythes et réalités ».

Eric van der Vlist, Dyomedea (vdv@dyomedea.com).
vendredi 3 mars 2006

Jérôme Delacroix est l'auteur du livre « les wikis, les espaces de l'intelligence collective » paru en mars 2005 chez M2 Editions et le fondateur de la société « Coopératique » spécialisée dans le conseil en travail coopératif.

Pour Jérôme Delacroix, ce que l'on appelle Internet 2.0 (ou Web 2.0) marque en fait la troisième grande période dans l'histoire de la toile.

La première période a été dominée par l'accès aux informations, la deuxième a été marquée par la tentation de convertir Internet en un outil de business et a été le moteur de la bulle Internet.

Lorsque cette bulle a éclaté, on a pu craindre que ce soit la fin d'Internet mais on c'est aperçu qu'au contraire, Internet renaissait sous la forme d'un Internet social :

"Il y a un bouillonnement énorme autour de que certains appellent l'Internet 2.0. Quel est le moteur de ce nouvel Internet? C'est les gens, les relations entre les gens."

Il cite quatre outils qui sont autant de vecteurs de ce caractère social du Web 2.0.

Les blogs ou carnets web généralisent l'accès à la publication sur Internet :

"Aujourd'hui tout le monde a accès à Internet en consultation et grâce aux blogs tout le monde a accès à la publication d'une manière très simple"

Les réseaux sociaux tels que LinkedIn, Viaduc ou 6nergies sont de véritables plateformes de mise en relation:

"Cela permet de mettre en évidence le phénomène « le monde est petit ». Grâce à Internet on le voit concrètement et on peut même voir des mappings qui montrent les réseaux relationnels entre les gens."

Les wikis facilitent la création de communautés virtuelles :

"Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce terme, un wiki est un site Internet qui peut être modifié par ses utilisateurs en temps réel et sans modération. Aujourd'hui on a des tas de communautés virtuelles qui se sont bâties sur ce principe."

Enfin; la messagerie instantanée agit comme un pont entre le monde réel et le monde virtuel :

"Aujourd'hui on peut être à la fois présent lorsque l'on est sur Internet et en mobilité grâce à MSN par exemple."

Cette révolution donne la possibilité à tout un chacun de prendre la parole à tout moment :

"Si on veut résumer cet aspect de la révolution en cours, on peut dire qu'aujourd'hui tout le monde est toujours joignable, tout le monde est connecté et tout le monde a le droit à la parole. Il y a ceux qui s'en servent et ceux qui ne s'en servent pas mais potentiellement chacun peut s'exprimer sur le Web."

Très orienté document, le Web 1.0 avait généralisé l'utilisation des documents hypertexte, de par son caractère sociale, le Web 2.0 fait de l'internaute un individu hypersocial :

"J'ai l'impression que l'on assiste à la naissance d'un nouvel individu que j'aimerais appeler l'individu hypersocial. Autrefois on avait des sites Web et la navigation hypertexte, aujourd'hui on est dans l'hypersociabilité."

Ce phénomène est nouveau et les internautes s'y adaptent de manière très inégale :

"En fait je pense qu'on peut distinguer trois types d'individus."

Certains restent fortement ancrés dans le monde réel et n'utilisent Internet que pour le prolonger :

"Les individus traditionnels qui ont un cercle de relations dans le monde physique .../... peuvent être des internautes. Mais que font-ils avec Internet? Ils envoient des mails et ils surfent avec les gens qu'ils connaissent déjà dans le monde physique."

D'autres s'engagent un peu plus dans le monde virtuel :

"La deuxième catégorie sont les internautes un petit peu plus aguerris qui participent à des forums, vont sur des chats, sont habitués à avoir des pseudonymes ou à intervenir de manière anonyme et qui apprennent à gérer une identité physique distincte de leur identité virtuelle."

Les derniers sont ces individus hypersociaux qui gardent un équilibre parfait entre leurs activités dans les mondes réel et virtuel :

"Et puis on a le troisième type d'individu et c'est justement lui, l'individu hypersocial qui arrive justement à gérer tout cela avec une certaine virtuosité. Dans certains cas il aura deux identités complètement distinctes, il pourra connaître certaines personnes sur le Web sans les connaître dans le monde physique. Dans d'autres cas il pourra essayer de fusionner les deux et de rencontrer dans le monde réel les amis qu'il peut avoir sur le net. C'est une chose qu'on peut rencontrer parmi les blogueurs par exemple qui ont souvent envie parfois de se rencontrer autour d'un verre et on atteint une mixité des sphères sociales."

Cette hypersociabilité se traduit par une hypervisibilité :

"Le corollaire de l'hypersociabilité c'est aussi l'hypervisibilité. Aujourd'hui nous sommes tous visibles notamment grâce à Internet. Je pense que nous sommes nombreux ici à avoir fait l'expérience de "googler" quelqu'un : vous tapez le noms de quelqu'un dans Google et vous regardez ce qui sort. Bien souvent il sort quelque chose et c'est ça qui est fabuleux : même les gens qui ne sont pas des internautes actifs, on trouve toujours quelque chose sur eux, ne serait-ce que parce qu'ils appartiennent à une association, ..."

Cette visibilité est plus ou moins bien contrôlée :

"Cette visibilité peut être voulue, choisie dans le cas des blogueurs notamment mais elle peut également être subie en particulier dans le cas de Google et du fameux phénomène du cache. Google garde en mémoire et indexe toutes les pages même lorsqu'elles ne sont plus en ligne. On entre dans l'ère de la transparence et comme je l'ai dit nous développons de nouvelles compétences pour gérer cette sociabilité, mais jusqu'où est-ce que l'on peut la gérer? Jusqu'où peut-on contrôler sa visibilité? C'est une question que je pose."

Cela modifie la relation entre l'individu et ses connaissances au deux sens du terme :

"Je pense que le nouvel Internet 2.0 change complètement le rapport que l'on peut avoir aux connaissances. Et je voudrais prendre ce terme de connaissance dans les deux sens du terme. Le rapport au savoir mais aussi le rapport aux personnes qu'on connaît."

L'hypersociabilité modifie la relation entre l'individu et ses connaissances jusqu'à changer le rapport entre la vie publique et la vie privée :

"Ces deux aspects sont modifiés par l'intermédiaire de plusieurs phénomènes. Phénomène de la conversation qu'on retrouve sur les blogs, les gens se répondent par le biais des commentaires. Phénomène de la réputation : on peut savoir qui a fait quoi, qui dit quelque chose de quelqu'un, les réseaux sociaux permettent de porter des témoignages sur des gens et tout ça, finalement c'est un enjeu pour l'individu parce qu'il doit apprendre à gérer cette visibilité. Il doit aussi apprendre à gérer son temps parce que c'est extrêmement chronophage de gérer tout ces sites, tout ces réseaux, etc, ... Et puis l'enjeu c'est également le rapport entre la vie publique et la vie privée, et c'est un enjeu auquel on est tous confrontés."

Elle modifie également le rapport entre l'individu et la connaissance en créant une nouvelle forme de connaissance collective :

"Il y a aussi un impact sur la collectivité, sur les groupes et on peut parler du rapport au savoir qui est complètement modifié par des sites collaboratifs comme Wikipedia et plus globalement par l'émergence d'une intelligence collective."

Cet impact sociologique se traduit sous forme économique par de nouveaux modèles auxquels les médias traditionnels vont devoir s'adapter :

"Il y a donc un impact sociétal mais aussi un impact économique en terme de marketing puisque que l'on assiste de plus en plus à un marketing le viral qui passe par le bouche à oreilles, par le buzz. .../... Aujourd'hui tout le monde peut être un média, tout le monde peut être un vecteur d'information ce qui explique qu'on assiste à l'émergence des nouveaux média citoyens que sont les blogs et les sites qui agrègent les blogs et les questions qui se posent sont : « où trouver l'information valide? », « quelle est la valeur de l'information? » et aussi « combien est-on prêt à payer pour l'information? ». Une des raisons de la crise des médias traditionnels et notamment de la presse écrite c'est qu'ils ont du mal justement à se positionner par rapport à tout ces nouveaux médias : « pourquoi acheter quelque chose qu'on peut trouver gratuitement et parfois de manière plus précise sur la toile? »."

Tout cela devrait également créer de nouvelles opportunités commerciales :

"Si on se demande ce que ça va changer à l'avenir, dans les mois qui viennent, je pense qu'il y a de nouveau business qui sont en train d'apparaître autour du management de la visibilité et de la réputation. Je pense qu'il y aura aussi un business d'effaceur. Ce n'est pas encore apparu mais pourquoi ne pas imaginer un business de gens dont le métier serait de rétablir la vie privée, d'effacer les informations qui sont dans le cache des différents moteurs de recherche, de préserver une certaine sphère d'intimité pour certaines personnes."

Ce nouvel Internet pose également la question de la relation entre l'homme et les machines :

"Si on élargi encore, je pense qu'on va également avoir à gérer un autre enjeu que j'aimerais appeler l'exo-sociabilité, c'est à dire la sociabilité avec les machines puisque l'on interagi de plus en plus avec des machines. Dans mes activités de journaliste j'ai travaillé notamment sur le traitement automatique du langage, sur le langage naturel et on fait les progrès absolument considérables dans ce domaine. Il y a des démos de sites téléphoniques d' informations boursières, des sites d'emplois ou météo et il vraiment très difficile de deviner que c'est un robot qui vous répond. On est très très proche du fameux test de Turing où l'on n'arrive plus à dire si l'interlocuteur est un être humain ou une machine. Il va falloir qu'on gère cette nouvelle forme de sociabilité avec des objets. Au Japon la robotique est en train d'émerger et l'enjeu est, qu' à force d'interagir avec des machines on risque de prendre les êtres humains pour des machines. Il y a aussi le risque inverse qui est de prendre les machines pour des êtres humains, de s'attendre à un comportement intuitif, affectif et de s'énerver parce que la machine ne comprend pas ce qu'on veut lui dire."

Cet Internet 2.0 risque de faire apparaître une nouvelle fracture numérique entre ceux qui le maîtrisent et ceux qui le subissent :

"Pour terminer j'ai l'impression qu'il y une nouvelle fracture numérique qui apparaît entre ceux que cette la technologie libère et ceux que la technologie aliène. L'Internet 2.0 peut libérer certaines minorités que ce soit des minorités politiques, religieuses, ou les gens qui ont des styles de vie alternatif, qui sont un peu à la marge. Il peut être libérateur pour les personnes âgées, les handicapés, pour les timides, pour des gens qui sont dans des zones un petit peu enclavées. Il peut aussi être libérateur pour des gens qui n'avaient pas de réseau auparavant, qui n'étaient pas issus d'un milieu académique très important ou qui n'avaient pas d'accès au réseau économique traditionnel. Les nouveaux réseaux leur donnent la possibilité de coopérer avec certaines personnes. Et en même temps la technologie peut enfermer les mêmes timides, ceux que j'appelle les cyber-schizophrènes et aussi les non lettrés parce que tout cela ça passe par l'écrit et les gens qui ne maîtrisent pas l'écrit se font marginaliser."

En somme, l'Internet 2.0 pose des questions anciennes d'une manière nouvelle :

"J'ai l'impression que nous sommes tous en phase de co-apprentissage, on s'enseigne les uns aux autres et la fameuse phrase de Rimbaud « je est un autre » est toujours d'actualité : tout ce que l'on dit de soi sur la toile, tout ce qui est visible est-ce que c'est vraiment soi? Est-ce que l'on arrive tout de même à garder un certain jardin secret? Ce qui est dit de moi, ce que je montre est-ce moi ou est-ce une simple représentation de moi? Je pense que toutes ces nouvelles technologies posent ces questions qui sont anciennes d'une manière nouvelle."

Autres articles :

  1. Web 2.0 : mythes et réalités (sur XMLfr)
  2. Blogs, networking, communautés virtuelles : l’internaute 2.0 est-il un animal social ? (sur Cooperatique.com)

Copyright 2006, Eric van der Vlist


 

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