Hervé Crespel,
Président du Club des
Utilisateurs Java et Responsable Informatique chez France Telecom pose la
question: XML
est-il réellement universel ou n'est-il pas devenu une nouvelle tour de Babel?
Eric van der Vlist,
Dyomedea (vdv@dyomedea.com).
jeudi 11 octobre 2001
L'objectif numéro deux de XML
est de "supporter un grand nombre d'applications" et XML a été
conçu pour faciliter la création de vocabulaires. Cet objectif a réussi au delà
de toutes les espérances de ses créateurs au point de pouvoir contrarier sa
vocation d'universalité.
Hervé Crespel analyse pour XMLfr les moteurs de l'hétérogénéité de XML.
vdV: XML semble bien
parti pour s'imposer comme langage commun entre de nombreuses applications,
n'est il pas paradoxal d'évoquer la tour de Babel que la genèse donne comme source
d'une multitude de langues?
HC: Ce n'est paradoxal que si l'on accepte de
considérer XML comme un langage, hors un langage
est une collection de mots et les mots de XML
sont ses tags. XML est donc un système
d'écriture plutôt qu'un langage et un nouveau jeu de tags suffit à créer un
nouveau dialecte.
vdV: Si XML n'est
qu'un système d'écriture, qu'est-ce qui le rend si populaire?
HC: Ce
qui plait dans XML, c'est son ouverture. D'abord XML est une spécification
"machinable" des données parce que c'est lisible à la fois par
l'homme et la machine. Ensuite XML ménage de nombreux degrés de
liberté. Deux attentes essentielles qui ont déjà fait le succès du HTML.
S'y ajoutent des plus qui ont imposé XML, chez les clients comme chez les
fournisseurs. XML est extensible et les informaticiens adorent ce qui est
extensible parce qu'ils y trouvent souplesse et créativité, XML
est auto-vérifiable grâce à ses DTDs et ses schéma, ce qui donne
confiance dans la maîtrise de cette souplesse. Ainsi XML
de simple différentiateur marketing est rapidement devenu "mandatory"
pour tout éditeur de logiciel. Moderne et internet, XML
a aussi le potentiel de réconcilier le vieux et le nouveau tant pour simplifier
que pour ouvrir. Enfin, et cet argument n'est probablement pas le moindre, le
traitement de XML consomme beaucoup de mémoire et de puissance de calcul, ce qui
n'est pas sans ravir vendeurs d'ordinateurs et optimiseurs de logiciels.
vdV: Les fournisseurs ont donc intérêt à favoriser XML?
HC: Bien
entendu! Les fabricants d'ordinateurs vivent de l'accroissement des besoins de
puissance consommée. Les éditeurs de logiciel vivent de nouvelles applications
et de leur optimisation. Les intégrateurs y voient quantité d'adaptateurs et de
convertisseurs à développer, tous différents d'un client à l'autre. Chaque
fournisseur voit de futurs revenus dans l'usage d'XML.
Ensemble, ils constituent un formidable lobby pro-XML
! Cependant, tous souhaitent "conserver" leurs clients en injectant
une la dose minimale de spécifique qui leur assurera les prestations de
maintenance. Voici pourquoi chacun sera tenté d'utiliser la souplesse d'XML
à son propre profit : XML sera spécialisé par chaque
éditeur, pour chaque client, pour chaque application. Nul doute en effet qu'un
message universel apporterait beaucoup moins de business que le besoin de
convertir entre eux des centaines de messages aux formats différents !
vdV: Il y a donc conflit entre les besoins des
clients et ceux des fournisseurs?
HC: Pas
complètement. Certes, les clients voient en XML un moyen d'amplifier leurs
échanges électroniques, de simplifier leur système d'information ou de
faciliter l'évolution des logiciels client-serveur. Et, puisque XML
est un standard, ils ont quelques garanties de ne pas trop de ne pas dépendre
de leurs fournisseurs. Mais ils veulent également à tout prix éviter de
dépendre d'un concurrent, réel ou potentiel, concurrent du marché ou concurrent
interne. C'est une mauvaise raison pour ne pas utiliser un format XML
existant. Mais c'est une raison bien réelle, de faire chacun son message qui
conduit à l'hétérogénéité.
vdV: Est-ce que le développement des EAI en
entreprise ne constitue pas au contraire une bonne raison d'homogénéiser les
formats?
HC: Sans
aucun doute, en théorie. En pratique, malheureusement, un EAI est aussi une
merveilleuse machine à transformer des messages d'un format à l'autre. Et les
fournisseurs de solutions EAI, tels les intégrateurs, ne manqueront pas
d'exploiter les logiques de lutte de pouvoir pourpréconiser le développement de
nouveaux messages XML dans chaque projet. Le format
pivot des EAI, souvent comparé à un Espéranto, risque de n'être qu'un Espéranto
à l'échelle d'une entreprise voire à l'échelle d'un département. Il s'en suit
que l'EAI apparaît comme un moteur de l'hétérogénéité.
vdV: Tout semble donc favoriser l'hétérogénéité de XML?
HC: Malheureusement
oui, les facteurs du succès de XML sont aussi les moteurs de
l'hétérogénéité de ses usages. XML ou les EAI ne sont que de nouveaux
outils. Ils peuvent grandement faciliter le travail des informaticiens. Mais
sans l'énergie humaine d'une équipe décidée à simplifier, cette entropie de
l'hétérogénéité croîtra encore plus vite avec XML. Un vrai paradoxe quand on
constate combien XML
est un facteur de réutilisation !
Copyright 2001,
Eric van der Vlist.
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